La Bugatti Type 57 SC Atlantic demeure l’une des automobiles les plus mythiques jamais conçues, un chef-d’œuvre rare où se mêlent innovation technique, design visionnaire et un mystère entourant sa deuxième unité, connue sous le nom de « La Noire ».
En 2025, cette légende continue de fasciner les passionnés, les collectionneurs et les historiens de l’automobile, bien au-delà de sa valeur estimée à plus de 100 millions d’euros. Son histoire incarne une époque où l’automobile devenait un art, où chaque détail était pensé comme une œuvre unique.
Ce récit plonge dans les racines de sa création, ses spécificités techniques, ses variantes, et le silence persistant autour de sa disparition.
La vision de Jean Bugatti : l’héritier d’un empire automobile
Alors que la marque Bugatti avait été fondée par Ettore Bugatti, c’est son fils, Jean, qui en a assuré la transition vers une ère moderne.
À la fin des années 1920, le jeune Jean, déjà doué pour le dessin et la mécanique, commence à influencer fortement la direction artistique et technique de la marque.
En 1930, il prend officiellement les rênes de l’atelier de Molsheim, apportant une vision plus cohérente : plutôt que de multiplier les modèles, il choisit de développer une base solide, la Type 57, qu’il décline en plusieurs carrosseries distinctes.
Cette stratégie permettait une meilleure rentabilité tout en offrant une diversité de styles. Jean Bugatti n’était pas seulement un ingénieur ou un designer, c’était un artiste du mouvement, un pionnier de l’aérodynamisme, et un stratège industriel.
Il savait que l’avenir de l’automobile résidait dans l’alliance entre performance, technologie et beauté, une philosophie qu’il a incarnée à travers la création de l’Atlantic.
Son ambition dépassait celle de son père. Ettore était un perfectionniste mécanique, mais Jean ajoutait une dimension esthétique profonde. Il voyait la voiture comme une sculpture en mouvement.
C’est ainsi qu’il a lancé le projet Aérolithe, un concept expérimental en 1935, qui a directement mené à la naissance de la Type 57 SC Atlantic.
Ce prototype, bien que jamais achevé en tant que véhicule roulant, a permis de tester l’utilisation de l’Elektron, un alliage de magnésium et d’aluminium extrêmement léger mais aussi très difficile à manipuler.
Ce matériau ne pouvait être soudé, ce qui a obligé les artisans à recourir au rivetage, donnant naissance à la célèbre crête dorsale qui traverse le toit de la voiture, signature désormais incontournable du modèle.
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Vitesse estimée : km/h
Le design de l’Atlantic : une œuvre d’art en mouvement
Le design de la Bugatti Type 57 SC Atlantic est souvent décrit comme l’un des plus beaux jamais réalisés dans l’histoire de l’automobile. Chaque courbe a été pensée pour optimiser l’aérodynamisme tout en créant une silhouette harmonieuse.
La proue allongée, accentuée par un capot moteur élancé, donne l’impression que la voiture fonce vers l’horizon. Les passages de roues arrondis contrastent avec la fluidité des lignes latérales, créant un jeu de volumes raffiné.
L’arrière, quant à lui, forme un ovale plongeant qui s’efface presque sur le sol, terminé par six fines sorties d’échappement alignées comme des joyaux mécaniques.
L’une des caractéristiques les plus emblématiques est la crête dorsale centrale, qui part du capot et se prolonge jusqu’au bout du coffre. Bien que née d’une contrainte technique — l’impossibilité de souder l’Elektron — cette crête est devenue un élément stylistique fondamental.
Elle n’est pas seulement fonctionnelle : elle donne à la voiture une présence unique, presque organique, comme la colonne vertébrale d’un animal mythique. Les portes, elles aussi, sont remarquables : leur découpe monte jusqu’au toit, facilitant l’accès dans l’habitacle tout en renforçant l’aspect aérodynamique.
Ce détail, à l’époque, était aussi audacieux qu’efficient.
Les phares varient selon les exemplaires. Les deux premiers modèles les avaient intégrés aux ailes, tandis que les deux derniers les abritaient dans des boîtiers sphériques indépendants, améliorant l’aérodynamisme. Chaque Atlantic était unique, non par caprice, mais par nécessité : la production était artisanale, les carrosseries façonnées à la main.
Cela signifie que même les moindres détails — la forme des poignées, la couleur, ou la disposition intérieure — différaient d’un exemplaire à l’autre, renforçant leur caractère exclusif.
Performances et mécanique : la puissance sous contrôle
Sous le capot de la Bugatti Type 57 SC Atlantic, un huit cylindres en ligne de 3,3 litres développe environ 200 chevaux, une puissance exceptionnelle pour les années 1930.
Ce moteur, dérivé de ceux utilisés en course, est suralimenté par un compresseur mécanique — d’où le « SC » dans le nom, pour « Surcompressé ».
Cette configuration permettait à l’Atlantic d’atteindre une vitesse de pointe supérieure à 200 km/h, un record à une époque où la plupart des voitures peinaient à dépasser 100 km/h.
Cette performance n’était pas uniquement due au moteur : le châssis, dérivé de la Type 49, utilisait une structure « en échelle » en acier, rigide et légère.
La suspension, composée de ressorts semi-elliptiques à l’avant et de ressorts renversés à l’arrière, offrait un compromis entre confort et tenue de route remarquable pour l’époque.
La boîte de vitesses manuelle à quatre rapports, bien que simple par rapport aux standards actuels, était extrêmement fiable et précise. Les freins à tambour, actionnés par câbles ou hydrauliquement selon les versions, étaient puissants pour l’époque, bien que limités par les technologies disponibles.
Ce n’est pas la technologie brute qui faisait la différence, mais l’harmonie entre tous les éléments : le moteur, la transmission, la carrosserie et la direction.
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Lire l'articleLa Bugatti Type 57 SC Atlantic n’était pas conçue pour battre des records de vitesse seuls, mais pour offrir une expérience de conduite complète, élégante et maîtrisée.
Elle incarnait le concept de « Grand Tourisme » avant l’heure : une voiture capable de traverser l’Europe en toute confiance, avec style et rapidité.
Les quatre Atlantic : une légende en quatre actes
Seulement quatre exemplaires de la Bugatti Type 57 SC Atlantic ont été construits, chacun portant un numéro de châssis unique et une histoire distincte. Le premier, châssis 57 104, était le prototype Aérolithe, jamais achevé mais servant de base au développement. Le deuxième, châssis 57 374, fut livré en 1936 au banquier britannique Victor Rothschild.
Initialement sans compresseur, il a été plus tard modifié pour en être équipé. Ce modèle, aujourd’hui propriété de la collection Peter Mullin aux États-Unis, a été vendu pour plus de 30 millions de dollars en 2010, établissant un record mondial pour une voiture d’époque.
Le troisième exemplaire, châssis 57 473, fut confié au Français Jacques Holzschuh. Sa carrière fut tragique : son propriétaire périt dans un accident ferroviaire où la voiture fut complètement détruite. Des décennies plus tard, elle a été reconstruite avec une extrême fidélité, bien que le moteur original ait été perdu.
Le quatrième et dernier modèle, châssis 57 591, a été achevé en mai 1938 et livré au Britannique R.B. Pope. Après plusieurs propriétaires, il appartient aujourd’hui au créateur de mode Ralph Lauren, qui le conserve comme une pièce maîtresse de sa collection.
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Question 1 : Quel matériau a été utilisé pour la carrosserie de l’Atlantic ?
Le mystère de « La Noire » : la voiture qui a disparu
La deuxième Bugatti Type 57 SC Atlantic, châssis 57 453, est devenue légendaire non pas pour ses performances, mais pour sa disparition. Conçue par Jean Bugatti pour son usage personnel, elle était surnommée « La Noire » en raison de sa livrée foncée.
Contrairement aux autres modèles, elle possédait un pare-chocs avant et des portes plus basses, des détails qui la rendaient encore plus exclusive. Elle fut exposée dans plusieurs salons, notamment à Lyon et à Nice, et servit de vitrine pour la marque. Pourtant, après 1938, plus aucune trace ne fut retrouvée.
À l’approche de la Seconde Guerre mondiale, les troupes allemandes envahirent l’Alsace. Les Bugatti, craignant pour leurs biens, décidèrent de déménager à Bordeaux. Il est probable que « La Noire » ait été chargée sur un train à Molsheim. Mais elle n’arriva jamais à destination.
Certaines théories suggèrent qu’elle fut cachée dans une ferme ou un entrepôt, d’autres qu’elle fut détruite accidentellement. Aucune preuve formelle n’a jamais été trouvée. Aucun inventaire, aucune photo, aucun document administratif ne l’a mentionnée après cette date.
Morris Garage, un nom qui résonne comme une mélodie pour les passionnés d'automobiles, incarne bien plus qu'une simple marque. Il…
Lire l'articleAujourd’hui, sa valeur serait estimée à plus de 100 millions d’euros, ce qui en ferait la voiture la plus chère du monde si elle refaisait surface. Des détectives auraient même été engagés à l’époque par la famille Bugatti pour la retrouver. Le mystère demeure entier.
En 2019, Bugatti a rendu hommage à « La Noire » en lançant une Chiron unique, également nommée « La Noire ». Cette hypercar noire, au design inspiré de l’Atlantic, reprend la crête dorsale et la calandre en fer à cheval.
Vendue 13,2 millions d’euros, elle symbolise le lien entre passé et avenir. Pourtant, aucun des experts ne croit que cette vente ait résolu l’énigme. La vraie « La Noire », celle de 1938, pourrait encore dormir quelque part, dans un grenier, une grange ou un bunker oublié.
L’héritage d’une icône automobile
La Bugatti Type 57 SC Atlantic a laissé une empreinte indélébile dans l’histoire de l’automobile. Elle est régulièrement primée dans les concours d’élégance, notamment à Pebble Beach, où sa beauté continue de captiver les juges et le public.
Son influence se retrouve dans le design de nombreuses voitures modernes, où la crête dorsale est parfois reprise comme clin d’œil.
Mais plus que ses lignes, c’est son âme qui inspire : celle d’un homme, Jean Bugatti, qui a osé repousser les limites de la technique et de l’esthétique.
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| Exemplaire | Numéro de châssis | Propriétaire historique | Statut actuel |
|---|---|---|---|
| Atlantic 1 | 57 104 (prototype) | Bugatti (prototype) | Non achevé |
| Atlantic 2 « La Noire » | 57 453 | Jean Bugatti | Disparue depuis 1938 |
| Atlantic 3 | 57 473 | Jacques Holzschuh | Restaurée |
| Atlantic 4 | 57 591 | R.B. Pope | Collection Ralph Lauren |
Questions fréquentes sur la Bugatti Type 57 SC Atlantic
Combien de Bugatti Type 57 SC Atlantic ont été construites ?
Quatre exemplaires ont été produits, dont un prototype. Trois ont été livrés à des clients, et un, « La Noire », a été gardé par Jean Bugatti.
Pourquoi la crête dorsale est-elle si importante ?
Elle résulte de l’impossibilité de souder l’Elektron. Le rivetage a imposé cette ligne structurelle, qui est devenue une signature esthétique unique.
Quelle est la valeur estimée de « La Noire » ?
Les experts l’estiment à plus de 100 millions d’euros, ce qui en ferait la voiture la plus chère du monde si elle était retrouvée.
Quelle est la différence entre la Type 57 et la Type 57 SC ?
Le « SC » signifie « Surcompressé ». La version SC est équipée d’un compresseur mécanique, augmentant significativement la puissance du moteur.
Comment Bugatti a-t-il rendu hommage à l’Atlantic ?
En 2019, la marque a lancé la Chiron « La Noire », une hypercar unique inspirée des lignes de l’Atlantic, notamment par sa crête dorsale et sa teinte noire.
Où peut-on voir une Bugatti Type 57 SC Atlantic aujourd’hui ?
Les exemplaires existants sont rarement exposés. L’un se trouve dans la Collection Peter Mullin (États-Unis), un autre dans la collection de Ralph Lauren. Ils apparaissent occasionnellement à Pebble Beach ou au Salon Rétromobile.